Prendre soin de soi est souvent relégué au second plan, comme une option facultative, un luxe que l'on s'accordera plus tard, quand tout le reste sera enfin réglé. Dans l'imaginaire collectif, le soin de soi demeure parfois associé à la légèreté, à l'accessoire, voire à une forme d'égoïsme discret. Comme si se tourner vers soi signifiait nécessairement se détourner des autres.
Pourtant, prendre soin de soi n'a rien de superficiel. C'est un acte de responsabilité profonde.
Ce n'est pas se fuir dans des distractions vaines. C'est reconnaître que notre manière de vivre, de décider, de donner aux autres, dépend directement de l'état dans lequel nous nous trouvons. Un corps épuisé finit par céder. Un esprit saturé perd sa clarté. Une vie menée sans attention à ses propres limites se fragilise, même lorsque les intentions demeurent généreuses.
Prendre soin de soi, c'est reconnaître que nous sommes le premier lieu à habiter vraiment. Que nous ne pouvons pas durablement construire, soutenir, accompagner, aimer, sans nous soucier de l'espace intérieur à partir duquel tout cela se déploie. Ce soin n'est pas une fuite du réel. Il constitue une manière d'y rester présente, lucide, disponible.
Il peut prendre des formes simples : un rythme respecté, un choix maintenu, une limite honorée sans culpabilité, un temps accordé à ce qui restaure plutôt qu'à ce qui épuise. C'est accepter que certaines décisions demandent du temps pour mûrir, que certaines réparations passent par des gestes modestes, répétés avec fidélité.
Choisir de prendre soin de soi, c'est choisir la vie que l'on veut véritablement habiter. Pas celle que l'on subit. Pas celle que l'on endure. Mais celle que l'on construit avec conscience et dignité. La vie est fragile, précieuse, éphémère. Perdre quelqu'un que nous aimons nous rappelle cette vérité avec violence : le temps n'attend pas. Les occasions de partager ne reviennent pas indéfiniment.
Prendre soin de soi, c'est aussi permettre aux autres de profiter davantage de notre présence. Une présence véritable, entière, pleinement vivante. Pas seulement une silhouette fatiguée qui traverse les jours en mode automatique, mais une femme qui habite sa propre vie, qui possède encore l'énergie de créer des souvenirs, de savourer les instants ordinaires.
Prendre soin de soi, ce n'est pas se retirer du monde. C'est choisir d'y rester, mais autrement. Avec plus de justesse, plus de présence authentique, plus de fidélité à ce qui possède une valeur véritable. C'est choisir d'être pleinement là, pendant qu'il est encore temps.
Naomi T.
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