Ta vie est un trésor

J'ai entendu cette phrase lors d'une conférence. Une seule fois. Quelques mots simples, prononcés sans emphase particulière, et pourtant ils ne m'ont plus quittée depuis. J'ai été marquée par leur simplicité et leur profondeur. Par leur poids d'or et par la manière dont ils ont fendu quelque chose en moi, comme une lumière qui entre soudainement dans une pièce close depuis trop longtemps.

 

Ta vie est un trésor.

Pas une métaphore agréable. Pas une pensée réconfortante à garder précieusement dans un coin de sa tête pour les mauvais jours. Mais une vérité qui engage, qui déplace, qui oblige à reconsidérer entièrement sa position face à l'existence.

Il y a des phrases qui traversent une vie sans vraiment s'y arrêter, qui glissent à la surface des jours comme des galets sur l'eau. Et puis il y a celles qui s'imposent avec une force tranquille. Celles qui restent. Celles qui changent la manière de regarder ce que l'on vit, de comprendre ce que l'on traverse, de décider ce que l'on accepte.

Cette phrase appartient à cette seconde catégorie.

Un trésor n'est pas quelque chose que l'on traite avec négligence ou désinvolture. On le protège instinctivement. On y prête attention. On choisit avec soin où on le dépose. On ne le confie pas à n'importe qui, on ne l'expose pas inutilement aux regards indiscrets ou aux mains malveillantes. On en prend soin naturellement, parce que l'on connaît intimement sa valeur.

Dire que ta vie est un trésor change profondément la perspective. Cela signifie qu'elle possède du prix en elle-même, indépendamment de ce que tu produis, de ce que tu donnes généreusement, de ce que tu réussis brillamment. Elle n'a pas besoin d'être méritée par tes accomplissements. Elle n'attend pas d'être justifiée par ton utilité. Elle est déjà là, précieuse, irremplaçable.

Reconnaître la valeur authentique de sa propre vie oblige à sortir d'une posture confortable mais appauvrissante : celle qui consiste à attendre passivement que les autres prennent soin de nous, à reprocher amèrement, à blâmer continuellement, à espérer secrètement que quelqu'un viendra un jour réparer ce qui s'abîme en silence.

Si ta vie est un trésor, alors tu en es la première gardienne.

Cela ne signifie pas tout porter seule dans un héroïsme épuisant. Cela ne signifie pas ne plus avoir besoin des autres dans une autonomie orgueilleuse. Cela signifie que tu choisis consciemment ce que tu laisses entrer dans ton existence.

Cette prise de conscience peut être dérangeante, déstabilisante même. Parce qu'elle enlève définitivement l'illusion rassurante que la responsabilité se trouve toujours ailleurs, dans les circonstances malheureuses, dans les autres, dans le destin. Mais elle redonne aussi une force immense, celle de pouvoir agir concrètement, celle de pouvoir choisir délibérément, celle de pouvoir orienter sa vie avec davantage de justesse et d'authenticité.

Ta vie est un trésor. Pas parce qu'elle est parfaite ou immaculée. Pas parce qu'elle a été miraculeusement épargnée par les épreuves. Des épreuves, tu en as connu et tu en connaîtras encore. Mais parce qu'elle est unique, irréductible, porteuse d'une valeur inestimable qui ne se mesure ni aux standards extérieurs ni aux critères imposés.

Prendre cette phrase au sérieux transforme radicalement la manière de vivre. Cela amène naturellement à poser des limites salutaires. À faire des choix plus sobres et plus justes.

Si ta vie est réellement un trésor, que fais-tu concrètement de ce qui t'est confié chaque jour ? Comment honores-tu cette valeur ? Comment la protèges-tu des regards qui la diminuent, des paroles qui l'abîment, des relations qui l'appauvrissent ?

 

Commence par y réfléchir.

Et peut-être que tout part exactement de là, dans cet instant précis où cette phrase cesse d'être une belle formule que l'on répète machinalement, et devient enfin une vérité que l'on choisit de vivre pleinement.

 

Naomi T.

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