Dire non, une forme de respect envers soi

Il y a des mots que l’on prononce facilement.
Des mots qui glissent sans effort, qui trouvent leur place dans la conversation sans que l’on ait besoin d’y réfléchir.

 

Et puis il y a d’autres mots.
Ceux qui demandent un effort intérieur bien plus grand qu’on ne l’imagine. Ceux qui engagent quelque chose de profond, quelque chose qui touche à ce que l’on est. Le mot non fait partie de ceux-là.

On croit parfois que refuser est un geste simple. Qu’il suffit de le dire, calmement, pour que tout se passe bien. En réalité, le non engage bien plus que la situation immédiate. Il touche à la relation que l’on entretient avec l’autre. À l’image que l’on donne de soi. À la place que l’on occupe dans les équilibres relationnels. Comment un mot si court peut-il renvoyer à tant d’émotions, soulever tant de craintes, faire naître tant de tensions intérieures ?

Dire non n’est pourtant pas un rejet.
Ce n’est pas un manque d’ouverture, ni une fermeture au monde. Dire non est souvent un acte intérieur bien plus profond qu’il n’y paraît, un geste qui engage tout ce que l’on est et tout ce que l’on cherche à protéger dans ce que l’on porte d’essentiel.

On apprend tôt à dire oui. Oui pour faire plaisir, pour ne pas décevoir, pour ne pas troubler l'ordre établi qui semble si fragile. Oui pour rester à sa place, pour préserver l'équilibre précaire des relations, pour éviter le conflit qui pourrait en découler et dont on redoute les conséquences. À force de ces oui répétés, prononcés sans conviction mais avec une constance qui finit par ressembler à une seconde nature, le non devient inconfortable, presque suspect. Il se charge d'une connotation négative : dureté, égoïsme, rupture, manque de solidarité. Comme si refuser revenait à manquer de générosité ou à trahir une forme d'exigence morale tacite qui voudrait que l'on soit toujours disponible, toujours accueillante, toujours prête à se plier aux demandes des autres.

Pourtant, dire non est parfois la seule manière de se respecter.
La seule façon de rester alignée avec ce que l’on porte, avec ce que l’on peut véritablement soutenir sans se perdre en chemin, sans sacrifier ce qui fait tenir notre propre structure intérieure.

Dire non, c’est reconnaître une limite.
Une capacité réelle qui ne se plie pas aux attentes extérieures, aussi légitimes soient-elles. Une fatigue présente qui ne peut plus être ignorée sans conséquences.
Une priorité qui ne peut pas être déplacée sans coût, sans que quelque chose d’essentiel ne se fragilise ou ne se perde dans le mouvement.

Ce n’est pas un refus de l’autre. C’est une reconnaissance lucide de soi. De ce qui habite en nous à cet instant précis. De ce qui demande à être préservé pour pouvoir continuer à avancer.

Dire non demande du courage. Parce que cela oblige à assumer que tout ne peut pas être porté, que nous ne sommes pas infiniment extensibles, que notre énergie n'est pas une ressource inépuisable dans laquelle chacun pourrait puiser sans limite. Que tout n'est pas possible en même temps, que certaines demandes, même légitimes, même justifiées, même formulées avec la meilleure intention, arrivent simplement au mauvais moment, dans un contexte où nous ne pouvons plus accueillir ce qui nous est proposé sans nous fragiliser nous-mêmes.

Le respect de soi commence souvent là, dans ce non posé sans agressivité, sans justification excessive, sans ce besoin compulsif de se défendre comme si l'on avait commis une faute grave qui nécessitait réparation. Un non clair, ferme, qui protège l'essentiel sans chercher à blesser, qui trace une limite sans construire un mur.

Dire non n'est pas rompre le lien. C'est lui donner une chance d'être plus juste, plus équilibré, plus vrai. C'est permettre aux relations de se construire sur autre chose que l'épuisement silencieux ou la complaisance résignée, sur une réciprocité qui respecte ce que chacun peut véritablement donner.

Et parfois, c'est précisément ce non qui permet de rester fidèle à ce qui compte vraiment, à ce qui demande notre présence entière et non nos miettes, à ce qui mérite que l'on y consacre notre énergie véritable plutôt que ce qui en reste une fois que tout le monde s'est servi.

 

Naomi T.

Évaluation: 5 étoiles
2 votes

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.