La bonne date pour tout recommencer ?

On cherche souvent une date. Un moment précis. Un repère clair à partir duquel tout pourrait repartir différemment. Comme si recommencer demandait un cadre parfait, une énergie intacte, des conditions idéales. Le premier janvier. Le lundi. Le début du mois. Un anniversaire. Le début de l'été. Autant de seuils symboliques qui semblent promettre un nouveau départ.

 

Cette attente est compréhensible, elle est rassurante. Elle donne l'illusion qu'en choisissant le bon moment, on évitera les hésitations, les doutes et les ajustements pourtant nécessaires. On pense alors qu'il suffira de franchir une ligne invisible pour que tout se mette en place naturellement, sans effort et surtout sans résistance.

Mais la vie ne se réorganise pas selon un calendrier intérieur parfaitement maîtrisé. Elle suit sa propre logique. Tout peut alors commencer par des décisions modestes ou par des reprises simples. La vie ne se plie pas aux dates que nous lui assignons, aussi symboliques soient-elles. Elle n'est pas émotive, elle est factuelle et concrète.

Recommencer ne signifie pas repartir de zéro. Cela ne demande pas d'effacer ce qui a été vécu. Recommencer, c'est souvent accepter de faire un pas là où l'on se trouve, être en mouvement, comme on l'a vu précédemment, avec ce que l'on a, dans l'état où l'on est, sans attendre d'être devenue quelqu'un d'autre.

La bonne date n'est pas celle qui promet la certitude. C'est celle que l'on choisit, sans attendre l'alignement des étoiles. Celle où l'on cesse de reporter ce qui demande à être regardé avec clairvoyance et maturité. Celle où l'on accepte que la transformation ne suivra pas nécessairement un plan établi à l'avance, mais se construira dans la durée.

Il arrive que l'on diffère par prudence. Parfois aussi par crainte de mal faire, de ne pas être à la hauteur de ce que l'on voudrait entreprendre. On se dit qu'il vaut mieux attendre encore un peu, que les circonstances se précisent, que l'on se sente plus solide. Mais l'attente prolongée finit par anesthésier ce qui doit se vivre. Elle entretient l'idée qu'il faudrait être prête avant d'agir, alors que l'élan se construit souvent en marchant, dans le geste posé et non dans la préparation sans fin.

Recommencer, c'est moins une question de timing qu'une question de posture. Celle qui consiste à se remettre en mouvement sans se juger. À avancer sans exiger une version parfaite de soi. À accepter que le chemin se dessine à mesure qu'on le parcourt, et non avant. C'est aussi reconnaître que l'on peut porter à la fois la fatigue de ce qui a été et la volonté de ce qui vient.

La date importe peu, finalement. Ce qui compte, c'est le pas que tu choisis de poser aujourd'hui. Pas demain. Pas lundi prochain. Aujourd'hui. Le reste se précisera en chemin.

 

Naomi T.

 

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