Il existe des douleurs qui paralysent. Et d’autres qui réveillent. Entre les deux se joue quelque chose d’essentiel : notre capacité à ne pas subir ce qui nous traverse.
On aimerait croire que la souffrance n’a aucune utilité. Qu’elle n’est qu’un accident de parcours, une erreur à corriger, quelque chose à faire taire rapidement. Alors on anesthésie. On évite. On détourne le regard. C’est plus simple ainsi, se dit-on.
Pourtant, certains maux insistent. Ils reviennent. Ils s’installent. Et surtout, ils parlent. Ils nous parlent. Fatigue persistante. Perte de sens. Colère rentrée. Impression de vivre à côté de sa propre vie. Ces signaux se manifestent sans faire de bruit. On les banalise. On n’y prend pas garde. Ils sont souvent ignorés trop longtemps. Le problème n’est pas le mal en lui-même. Le problème est ce que nous faisons du mal. Ou plutôt, ce que nous refusons d’en faire.
Beaucoup cherchent à aller mieux sans jamais se demander pourquoi ça va mal. On tente de réparer les symptômes sans toucher à la racine. Continuer à avancer coûte que coûte, sans s’arrêter, sans écouter, sans remettre en question ce qui ne tient plus.
Mais il arrive un moment où le corps, le cœur ou l’esprit tirent le frein d’urgence. Ce moment est une obligation à l’arrêt. Il oblige à regarder en face. Regarder ce qui fait mal sans se raconter d’histoires rassurantes. Reconnaître ce qui est devenu invivable. Admettre que certaines situations, certaines relations, certaines postures personnelles nous abîment plus qu’elles ne nous construisent. Cette lucidité demande du courage parce qu’elle engage. Regarder la vérité oblige à agir ensuite. À faire des choix que l’on a parfois repoussés pendant des années.
C’est pourquoi beaucoup préfèrent rester dans l’inconfort connu plutôt que d’affronter l’inconnu nécessaire. On s’habitue à ce qui fait mal. On normalise l’épuisement. On minimise la souffrance en se disant que d’autres vivent pire.
Mais la douleur n’est pas un concours et la tienne mérite d’être entendue. Il y a une différence essentielle entre subir et traverser. Subir enferme. Traverser transforme. Les maux peuvent devenir des leviers, à condition de ne plus les considérer comme des failles à cacher, mais comme des alertes à respecter. Non pas des preuves de faiblesse, mais des signaux de lucidité.
Dire non là où l’on s’est toujours sacrifié. S’arrêter là où l’on s’est toujours forcé. Choisir là où l’on a longtemps laissé les autres décider. Cela demande de renoncer à certaines illusions tenaces : croire que le temps seul suffit, croire que tout s’arrangera sans jamais se positionner, croire que l’on peut vivre durablement contre soi sans en payer le prix.
Les maux ne disparaissent pas toujours immédiatement. Mais leur sens peut changer. Ils cessent alors d’être des entraves pour devenir des repères, indiquant ce qui doit être déplacé ou abandonné.
Et c’est souvent là que la question surgit, silencieuse mais insistante : Que vais-je faire de ce qui m’arrive ?
Ce chemin intérieur ne s’improvise pas. Il demande du courage et une vraie responsabilité personnelle. Ce chemin existe. Je l’explore plus en profondeur dans mon livre.
Naomi T.
Ajouter un commentaire
Commentaires