Prendre la parole en live… pour de vrai !

« Waouh, je l'ai fait ! ».
C'était bien sûr ma première réaction, évidente et spontanée.

 

Je n'étais pas dans une recherche de performance à exhiber. C'était plutôt un pas posé dans quelque chose de nouveau, un espace encore inconnu et pourtant choisi, un peu comme lorsqu'on décide d'ouvrir une porte dont on ignore ce qu'elle révélera mais dont on pressent qu'elle doit être franchie, pour une noble cause. J'ai ressenti une joie simple : celle d'un temps partagé avec sincérité, une joie qui naît lorsque l'on parle, écoute, et laisse la parole circuler sans chercher à maîtriser chaque mot, sans cette tension qui nous pousse à peser nos phrases comme si chacune devait porter le poids du monde. Ce moment avait une densité particulière, une qualité de présence qui naît lorsqu'il ne s'agit plus de convaincre, ni d'expliquer, mais simplement d'être là, pleinement, dans l'instant qui se déploie.

 

Parler à une personne, en face, les yeux dans les yeux, et prendre la parole devant plusieurs dizaines ou centaines de personnes invisibles mais néanmoins présentes, ce sont deux réalités très différentes, qui engagent le corps et l'esprit distinctement. L'une rassure par la proximité qu'elle offre, par la possibilité de lire dans le regard de l'autre l'écho de ce que l'on dit, tandis que l'autre demande d'assumer que sa voix porte au-delà du visible, qu'elle traverse des écrans, des distances, et qu'elle touche parfois des endroits que l'on ne voit pas et que l'on ne verra peut-être jamais.

Prendre la parole ainsi, dans cet espace ouvert et incertain, oblige à une forme de responsabilité qui n'est pas celle d'avoir réponse à tout, car qui personne ne peut prétendre à une telle complétude, mais celle d'être juste avec ce que l'on porte en soi, présente à ce qui se dit et à ce qui se tait. C'est accepter que ce que l'on dépose dans l'air, avec ses hésitations et ses certitudes mêlées, trouve un écho chez des personnes que l'on ne connaît pas encore, et peut-être ne connaîtra jamais, mais qui sont là, quelque part, à l'écoute. C'était un inconnu pour moi. Et pourtant, dans cet espace qui aurait pu me sembler trop vaste, trop exposé, je ne me suis pas sentie seule. J'ai eu la chance d'être accompagnée par une femme remarquable, Erika D, dont la présence attentive savait se faire discrète sans jamais s'effacer, une finesse dans l'écoute qui rendait tout plus simple, plus fluide, comme si les mots trouvaient naturellement leur chemin. Nous aurions pu parler longtemps encore, tant la conversation semblait toucher quelque chose d'essentiel, et le temps paraissait suspendu dans cette bulle où les échanges prennent une profondeur rare.

 

Après ce live, j'ai reçu des messages qui témoignaient d'une écoute véritable. Des questions aussi, nombreuses et touchantes, des questions qui, au fond, se rejoignent souvent parce qu'elles parlent toutes de légitimité, de cette peur de mal faire qui nous paralyse parfois, de cette envie d'avancer sans toujours savoir comment ni vers où, mais avec cette certitude intérieure qu'il faut continuer malgré tout. Ce que j'ai compris, à travers ces échanges qui se sont prolongés bien au-delà du live lui-même, c'est que la parole partagée crée un espace où l'on se sent moins seule avec ce que l'on traverse, un espace où il devient possible de déposer une question sans attendre une réponse immédiate, sans confondre vitesse et profondeur. C'est un espace de respiration, de suspension, où la parole se fait refuge.

 

Ce premier live n'était pas une fin en soi, pas un point d'arrivée que l'on contemple avec satisfaction avant de passer à autre chose. C'était une ouverture, une manière d'assumer que la voix peut prendre sa place même lorsqu'elle tremble un peu ou qu'elle soit déjà assurée, même lorsque le terrain est nouveau et que l'on ne sait pas encore très bien où l'on pose les pieds. Il y aura d'autres temps, d'autres paroles qui se déploieront dans des espaces encore à créer, d'autres rencontres qui viendront nourrir cette démarche qui commence à peine à se dessiner. Et peut-être que tout commence simplement ainsi, par ce geste premier et fragile : oser dire et oser être là, dans toute sa vulnérabilité et toute sa force mêlées.

Naomi T.

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